Sylvie P. Amstutz, réalisatrice de ses rêves

Partir au loin et se laisser trouver

Récit de vie partagé par Sylvie Perrin Amstutz dimanche 7 février au Temple de Saint-Blaise (Culte café-croissant)



« On croit qu'on va faire un voyage mais bientôt c'est le voyage qui vous fait ou vous défait. » Nicolas Bouvier

Une famille chaleureuse et le goût pour la liberté

Il semble que dès sa plus tendre enfance le caractère de Sylvie a été tissé dans l'étoffe qui produit les audacieuses. Ses ressources,  elle reconnaît qu’elle les a puisées dans un cocon familial chaleureux, nourricier, qui lui offre un sens de sécurité fondamentale et qui,  étonnamment,  a su lui donner en même temps la liberté pour explorer le monde. Cette liberté elle l’a prise à bras le corps, d’abord dans les folles aventures avec les enfants du quartier. A 6 ans, sans le demander à ses parents, elle s’inscrit à l’école de foot de Neuchâltel- Xamax en se faisant passer pour un garçon !

Les grands souffles du large caressent son visage quand elle part en voilier avec son père. Déjà, les roselières la fascinent,  oiseaux et crapauds semblent lui faire signe. Mais les études d’abord - et bien menées - c’est aussi une valeur familiale importante! Au début de la vingtaine, elle s’engage au Crédit Suisse à Neuchâtel puis à Paradeplatz à Zurich.

Un rendez-vous inattendu

Le milieu de la finance ne laisse aucune place pour développer sa créativité. L’appel du large la taraude de plus en plus. A 22 ans elle prend une année sabbatique, et s’embarque pour les Caraïbles. De la Guadeloupe à l’archipel des Grenadines, elle s’engage comme équipière sur différents voiliers, pour amener ces embarcations d’île en île. Seule au milieu de nulle part, elle est touchée au cœur par la beauté de la nature, touchée au plus profond de son être. D’un seul coup toute son éducation scientifique, cartésienne se fissure. Quelque chose d’indéfinissable s’ouvre en son for intérieur et après une semaine d’immersion dans cette nature,  elle craque et se surprend à genoux en train de prier. Ce qui l’interpelle est à la fois au-dessus d’elle et au plus profond d’elle-même, une présence, dimension sacrée qu’elle ignorait jusque là. Elle dira après coup : « J’étais entrée dans la forêt incroyante et j’en suis sortie croyante. J’ai réalisé que Quelqu’un m'attendait et me rejoignait au plus profond de moi. Dieu m’avait trouvée. »

Partager mes passions

Au retour, elle se met à lire les évangiles, elle trouve sur sa route des amis chrétiens, elle s’engage et commence deux formations : celle d’ergothérapeute et celle de guide de moyenne montagne. « Je voulais mettre en oeuvre une conviction qui m'habite : Dieu nous veut passeurs, passeurs d’un message, d’un feu qui brûle en nous."


Rêve partagé

Parmi ses rencontres décisives se trouvera Vincent, qui va devenir l’homme de sa vie. Tout au début, ils avaient un rêve commun : être bergers d’alpage. Ils se sont engagés pour une saison en solitaires pour garder un grand troupeau de génisses, dans un petit chalet isolé dans la montagne. Par la suite, Vincent a terminé ses études de médecine, ils se sont mariés. Pauline et Emma sont nées et quand elles ont 1 an et 3 ans, ils décident de partir au Laos où Vincent s’engage comme médecin dans un petit centre d’une province reculée du pays. La petite famille y vit seule, expatriée, au milieu de la population locale. Coupés de leurs racines, éprouvant le manque, ils arrivent pourtant à aimer cet endroit et ces gens. C’est là, au village, que naîtra Benjamin avant le retour au pays.

Potager familial

"Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles. " Christian Bobin

Après le bout du monde, c’est au fond du jardin familial que se déploie la passion de Sylvie pour la nature et sa passion pour transmettre sa flamme.
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Dans son jardin potager,  qu'elle défriche et agrandit saison après saison, la végétation, les animaux, les enfants se côtoient joyeusement. Dans les différents ateliers du « Potager à croquer » qui se vivent aux quatre saisons, une vingtaine d’enfants entre 4 et 7 ans viennent semer, planter, récolter et observer la nature proche. Dans les sorties « Alpages à croquer » pour les plus grands,  Sylvie les entraîne à découvrir les richesses naturelles et les traditions humaines dans un milieu de moyenne montagne:  observer les marmottes, se balader à dos d’âne, ou participer au bagage des oiseaux migrateurs.

Café-jardin : monter ensemble une butte de permaculture
L’engagement auprès de ses trois enfants puis dans divers mouvements associatifs (dans le le Groupe nature de la Tène, le Réseau solidarité et au le Culte de l’enfance) remplissent son temps. Elle vit cela joyeusement, habitée secrètement par l’exemple d’une paysanne dynamique et vaillante,  toujours prête à s’arrêter pour accueillir ses enfants, les nombreux passants. Cette personne c’est sa grand-mère maternelle. Généreuse, rayonnante :
« Tout ce qu’elle faisait, elle le faisait dans la joie. Son exemple me nourrit. Dernièrement j’ai retrouvé une photo d’elle sur son tracteur dans le champ que je cultive aujourd’hui,  cela me parle de mes racines, d’où je viens et où je vais. Je me sens allignée, centrée dans ces activités en lien avec la terre qui me donne d’avancer au rythme de la nature en ayant du temps pour mes proches. De plus en plus je sens l’appel à me désencombrer de tout ce qui prend une place nuisible dans et autour de moi pour aller à l’essentiel.
En relisant ma vie, aujourd'hui, je peux dire:
Pour trouver son chemin il faut partir, aller voyager pour rectifier ce que les livres ou notre éducation nous ont appris. Quitter le chemin balisé, partir au loin, oui je crois que c’est la meilleure chose qui me soit arrivée."

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