Le temps retrouvé


Traces de la rencontre du 2 mai à 20h15 à l'Atelier du Ruau, animée par Jean-Claude Schwab.

« Dans un climat où tout s'accélère, rester libre, se ressourcer, choisir ses engagements est un défi. »

1° Introduction: Temps et Environnement (I)

Il en va du temps comme de l’environnement.
Pour l'environnement: Nous avons cru le monde et ses ressources illimitées, les avons consommées sans restriction et nous nous heurtons actuellement aux limites des ressources de la Terre.
Pour le temps: Nous avons tous grandi avec l’impression d’avoir à disposition un temps illimité; puis nous finissons par nous heurter au fait que notre temps est limité et non extensible.

La charte du Réseau solidarité avait déjà perçu intuitivement ce lien entre le temps et l'environnement en inscrivant au cœur de sa préoccupation écologique (environnement), celle de "travailler à notre pacification intérieure et à résister à la tyrannie de l'urgent" (temps).

En ce qui concerne les solutions, on observe la même analogie:

On développe des solutions techniques, de types management ou de gestion:
meilleure gestion de l'environnement ou gestion de notre temps, accomplir des gestes symboliques qui nous rendent attentifs aux limites.

Puis on va découvrir qu'il s'agit d'opérer une révolution bien plus fondamentale, en profondeur, dans nos systèmes de valeur, même d'ordre spirituel; ceci autant en ce qui concerne l'Environnement que la Temps.


2° Approche de la question du Temps à partir de la situation contemporain

Un phénomène d’accélération, qui est plus qu’un sentiment subjectif, est observable depuis le milieu du 20es. Les progrès technologiques, les appareils, les machines, internet nous permettent de gagner un temps considérable; mais, paradoxalement on a moins de temps ! Et on observe même que la pénurie de temps est proportionnelle au développement économique d’une société. Plus elle est riche, plus elle manque de temps. Le philosophe Hartmut Rosa analyse ce phénomène dans son ouvrage « La technique est-elle responsable de l’accélération du temps ? »

“Le rêve de la modernité c’est que la technique nous permette d’acquérir la richesse temporelle. Nous devrions avoir plus de temps libre que jamais, puisque nous avons besoin de moins de temps pour faire les choses,.. Or, nous ne disposons pas de plus de temps : nous en avons toujours trop peu. Nous vivons dans une pénurie de temps, une “famine temporelle”.


Ce n’est pas la technologie en elle-même qui crée le manque de temps, c’est la croissance du nombre de nos activités. Les sollicitations augmentent, nous sommes sous l’injonction de vivre un maximum, dans le travail, dans les loisirs, en famille, en église. Nous démultiplions nos activités. Puisque nous allons toujours plus vite, nous allons aussi toujours plus loin.
Nous fonctionnons sur le modèle du capitalisme qui est dans l’obligation de croître pour ne pas s’effondrer. Si la croissance ralentit, c’est l’effondrement du système. Mais en même temps cette croissance produit la catastrophe, puisqu'elle elle ruine les ressources terrestres.

Nous sommes dans l’impasse. Il ne suffit pas de chercher quelques aménagements pour continuer toujours la même chose. Il faut un changement profond, sur le plan individuel et sur le plan collectif.

Voir article sur Hartmut Rosa:
La technique est-elle responsable et Pourquoi n'avons-nous pas plus de temps

Changement de paradigme

Nous devons dépasser la société de croissance, trouver un autre modèle que le modèle capitaliste; p.ex. l’économie verte. Cela demande une prise de conscience individuelle de chaque humain, mais c’est aussi un problème collectif.

Le choc entre notre désir illimité et les limites de la réalité est une expérience marquante qui demande plus que des aménagements, mais un changement dans l’être profond et une réorientation de nos désirs, de nos représentation de ce qui est désirable, de ce qu’est une vie bonne, comme le dit Patrick Viveret: « Il nous faut avoir une idée sur ce qu’est la “bonne vie”, le “bien vivre": qu’est-ce qui fait que notre vie est réussie ? C’est une erreur culturelle de penser que la vie est bonne si elle va vite, si elle offre plus d’options, de possibilités. Notre vie est réussie dans les moments de résonance. “ La résonance c’est l’accord entre notre être profond, nos aspirations les plus personnelles et notre action".

Il s’agit moins de gérer notre temps que de nous l’approprier, de modeler un rapport amical avec le temps, de vivre «à la bonne heure, dans un temps réconcilié, avec une qualité de présence et intensité. Passer de la tension (stress, course) à l’attention (qualité de présence)".
Voir les articles de Patrick Viveret, dans Le Monde: accepter de ne pas tout vivre et
vive la sobriété heureuse


Petits pas de résistance, pour mieux vivre le temps -

Dans le quotidien, on peut trouver des petites formes de résistances individuelles, analogues aux "gestes écologiques". Par ex.
- Accepter de ne pas tout vivre, arrêter le zapping d’une occupation à l’autre. Vivre moins d’événements, mais plus intensément, en rapport avec soi et les autres.
- Retrouver l’accès à l’intériorité en s’accordant des moments de méditation, de création, d’expression gratuite
- Passer de la tension (stress, course) à l’attention (qualité de présence).
- Renoncer à réaliser certaines potentialités, afin de retrouver l’énergie du désir et de vivre en résonance, en accord avec soi-même et son temps intérieur.
- Travailler à 80%, ouvrir sa boîte mail 5 jours sur 7
- Identifier les mécanismes qui poussent à l’accélération et à la croissance.
- Introduire de la lenteur dans nos vies. NB: "Faire lentement" n'est attractif que lorsque l’activité est résonante avec soi-même.
- Respecter son agenda, tout en faisant des tests pour s’en libérer
- Introduire des espaces de gratuité, qui découplent le temps de l'argent (engagements bénévoles, temps de ressourcement dans nos vies,…)

NB. Lorsque les petits "gestes" de résistance individuels sont vécus en lien avec une communauté qui les pratique, leur effet sur la réalité collective est plus important que la sommes des gestes individuels !
De la même façon que les "petits gestes écologiques" construisent en nous une conscience nouvelle de notre rapport à l'environnement, les "petits gestes quotidiens pour mieux vivre le temps" font croître une conscience du Temps-ami (plutôt que temps-ennemi), ainsi qu'une culture et un style de vie nouveaux.


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